Un automne chaud

Les opinions émis dans ce texte n’engagent que son auteur.

Manifestation du 7 septembre organisée par le SITT-IWW Montréal contre les coupures du gouvernement. Photo: Arthur Létourneau-Vachon

Je rêve d’enfants Palestiniens pouvant jouer sur les plages de la Méditerranée sans craindre une pluie de balles.

Je rêve d’enfants syriens se réveillants aux sons des oiseaux et non aux sons des bombes.

Je rêve d’enfants congolais pouvant s’affronter, au soccer, sur un terrain vague, sans mine.

Je rêve d’enfants indiens pouvant manger les fruits et légumes des champs sans risquer de mourir intoxiqués aux pesticides.

Je rêve d’enfants mexicains pouvant se rendre à l’école sans risquer de se faire prendre dans une embuscade de narco-traficants.

J’ai quelques rêves moins utopiques aussi, je ne suis pas juste pelleteur de nuages. Faut en laissez des nuages, j’aime beaucoup la pluie aussi, et pour la pluie, il faut des nuages. Un peu comme pour voir les étoiles il faut la pénombre.

Mais il y a une question qui me trotte en tête malgré tout. Personne n’est contre la vertu, demandons à quiconque s’il apprécie les petits actes d’entraide quotidiens, je crois que généralement les gens aiment ces actes d’entraides.

Pourtant, il existe tant de misères, de méchanceté et d’horreurs sur cette planète qu’il arrive un moment où la raison logique découvre ses limites et se rende compte de l’absurde du monde dans lequel nous vivons.

Alors on s’évade, on se console, on essai soi-même et avec les gens proches de soi de donner un sens à un monde qui lorsque nous sommes athéiste, agnostique, ou même religieux, n’en a que peu, voir, aucun. Et en lisant, en regardant des documentaires, en restant informé et curieux, on en arrive, il me semble, aisément à avoir des idées plus claires et étendues sur notre société, corrigez-moi si je me trompe. On se rend aussi compte qu’il existe énormément de gens qui refusent de rester les bras croisés, qui oeuvrent pour le bien des gens autour d’eux et même le bien de ceux à l’autre bout de la planète.

J’en viens à croire que l’un des plus grands mensonges, c’est de nous faire croire que la population en générale, souvent appelée les 99% par certains, la classe laborieuse ou ouvrière par d’autres, partageons les mêmes intérêts que ceux au somment de la pyramide hiérarchique. Vous savez, les 67 personnes qui détiennent autant que la moitié la plus pauvre de la planète [1].

Comment allier le désir de vendre du pétrole des Exxon, Shell et autre pétrolières de ce monde et le désir des citoyens de respirer de l’air non pollué?

Comment allier le désir de vendre des pesticides des Monsanto, Bayer, etc et le désir de la population à manger de la nourriture non empoisonnée?

Comment allier le désir de vendre continuellement des produits de General Electric et le désir de garder le même frigo toute une vie durant sans débourser continuellement pour un engin qui finira au dépotoir?

Comment allier le désir du marché de la mort, les vendeurs d’armes, de vendre leurs armes et le désir des populations à ne pas devenir des réfugiés?

Et entre eux, les plus puissants, et nous, le parlement et l’appareil politique, soit nos politiciens et leurs partis, nos constitutions et nos lois, sont nos seuls défenses?

Arthur Létourneau-Vachon

Arthur Létourneau-Vachon

Henri Guillemin expose assez bien pourquoi je m’inquiète beaucoup à ce propos. En effet, lorsque le mythe royal s’essoufflait peu avant la révolution française de 1779, en d’autre mots: l’idée que le roi détienne un pouvoir divin était remis en question, on inventa alors le mythe de la volonté nationale. Soit la moitié plus un; 50% + 1. Hors, lorsque nous possédons les moyens monétaires, des journaux, une ou plusieurs industries, est-ce si compliqué d’arriver à influencer suffisamment avant le vote aux quatre ou cinq ans pour se faire élire?

De plus, lorsque l’objectif premier devient de se faire réélire l’année suivante avant l’avancé des projets de société, alors le court terme est de mise. S’ensuit que lorsqu’un parti voit son règne terminé, le nouveau parti en place va avoir intérêt à détruire tout projet à long terme du parti précédent qui ne donnait pas de résultats en peu de temps, tel que l’éducation, le transport en commun, la santé, pour rediriger les fonds vers des projets d’artifice et du paraître visant le court terme pour reprendre le pouvoir le plus rapidement possible.


Comment la compétitivité peut-elle être saine dans un système dit démocratique? Lorsque nous sommes en compétition, n’entrons-nous pas dans une logique du refus de l’autre? Au lieu d’avancer avec l’autre, on essaie plutôt d’avancer aux dépends de l’autre. Et ce n’est pas justement grâce aux autres, grâce précisément aux regards des autres que nous acceptons et refusons que nous grandissons et nous définissons? Et comment s’exprimer dans un isoloir aux quatre ans peut être satisfaisant?

D’ailleurs, quand on se rend compte du ridicule de notre système électorale, et plus largement, de notre système politique, ne trouve-t’on pas complètement ridicule, grotesque et insultant les discours de Philippe Couillard, de son équipe et même de ses opposants politiques? Ceux-ci détruisent petit à petit les milieux de la santé, du communautaire, de l’éducation et une panoplie d’autres structures sociales permettant de garder une certaine stabilité et paix sociale, mais en même temps, il joue les sauveurs en voulant accueillir plus de réfugiés? Chose qui justement nécessite des ressources que j’ai peur de voir se faire réduire considérablement.

Arthur Létourneau-VachonJe ne suis pas d’avis que le père du jeune Aylan ai élevé puis perdu ses enfants pour que nos politiciens se fassent du capital politique.

Je souhaite, je rêve même, que la lutte qui s’annonce à l’automne ne s’arrête pas à la défense de nos acquis, mais soit une lutte exigeant une transformation de la sphère politique trop prise entre le lobbyisme, l’argent et le pouvoir, qui nous ont menés au bord du gouffre que représentent les changements climatiques, les disparités sociales et les guerres à travers le globe. Une lutte où lorsque notre gouvernement ferme nos bibliothèques, écoles et hôpitaux, nous lui fermions nos porte-feuilles au nez.

Les moyens dont dispose notre gouvernement pour maintenir le statu quo feraient rougir de jalousie bien des dictateurs, et s’en est effrayant. Mais après avoir vu deux ou trois fois plus de policiers que de manifestants à la manifestation contre la brutalité policière, des grenades assourdissantes qui devraient exploser à quelques mètre au-dessus des manifestants exploser au ras du sol, des chevaux dans des manifestations (on est quand même plus au 19e siècle calvaire) après avoir vue la démocratie dans laquelle je vivais, ne pas aller manifester par peur, c’est donner raison à la répression de la police, c’est accepter que le droit de manifester n’est qu’une illusion dans nos rues, et c’est laisser le gouvernement oeuvrer sans trop de limites.

Chaque personne dans les rues, chaque pas fait, chaque slogan crié, tout ceci sont des petites victoires contre la répression et la destruction de la santé sociale. Personne ne devrait avoir l’impression que son intégrité physique est moins importante qu’une vitrine en allant manifester. Je devrais pouvoir manifester avec mes deux sœurs de 7 et 13 ans sans craindre pour elles. J’irai dans les manifestions, et j’espère que je ne m’essoufflerai pas avant les policiers.

Nos rêves sont trop grands pour leurs urnes.


1.http://www.forbes.com/sites/forbesinsights/2014/03/25/the-67-people-as-wealthy-as-the-worlds-poorest-3-5-billion/

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