Éditorial : Rapport « Manifestations et répressions »

La Ligue des droits et libertés appelle le public à prendre conscience de l'ampleur de la répression

Les brutalités verbales et physiques, les intimidations et les humiliations auxquelles sont confrontés les manifestants d’aujourd’hui sont des choses connues et en partie documentées par 99%Média. L’intérêt du nouveau rapport présenté aujourd’hui par la Ligue des droits et libertés est de fournir un argumentaire fouillé et rigoureux pour interpeller le grand public au sujet de la répression politique et policière. La Ligue s’alarme du fait que cette répression s’effectue en toute impunité et en contravention flagrante de la liberté d’expression qui doit être reconnue, de bon droit,  dans les démocraties.

La répression politique consiste en toute « action étatique ou privée destinée à prévenir, contrôler ou contraindre l’action collective non institutionnelle, y compris dans son initiation ». Relèvent donc de la répression politiques toutes les manœuvres qui cherchent à accroître le coût de la mobilisation et de l’engagement politique ou à en réduire les bénéfices, y compris par le discours public et médiatique.

Le rôle joué par les médias en est un de « désensibilisation ». En montrant en boucle des images d’affrontements et en relayant les insanités des animateurs de radios-poubelles et autres chroniqueurs d’opinions mal avisées, la répression se banalise et devient acceptée. À titre de comparaison, l’arrestation arbitraire de 452 personnes en 1970, lors de la crise d’Octobre, a marqué les consciences pour des générations, alors qu’entre le 15 mars 2011 et le 8 décembre 2014, la Ligue dénombre 5 895 personnes arrêtées lors de manifestations. En 2015, en moins de deux mois, soit entre le 15 mars et le 1er mai, 1 006 arrestations ont été répertoriées à Montréal et à Québec.

Contrairement aux idées reçues, les manifestations dont l’itinéraire n’est pas connu ne sont pas souvent réprimées : seulement 16 sur 72 ont été réprimées en 2013 et 2014, selon les données du SPVM, soit 22%. De plus, de nombreux groupes qui choisissent de divulguer leur itinéraire, souvent pour des motifs pragmatiques, réclament l’abolition de cette exigence réglementaire qui attribue aux forces policières un pouvoir discrétionnaire abusif. Dans son rapport, la Ligue établit un lien clair entre la décision de réprimer et les catégories de manifestants ou les thèmes des manifestation. « Ce sont les enjeux liés aux luttes écologistes, anticapitalistes et anticolonialistes. Ce sont celles où des jeunes, des étudiants ou des anarchistes, ou des personnes présumées appartenir à ces groupes, participent. »

Le tableau n’est pas complètement sombre, puisque les tribunaux ont rendu des jugements critiques des autorités politiques, notamment en rejetant en bloc plusieurs accusations. Des causes pendantes devraient permettre de statuer sur la constitutionnalité de l’utilisation du règlement P-6 et des articles 500 et 500.1 du Code de la sécurité routière contre les manifestants.

Néanmoins, la répression de manifestations n’est pas un phénomène nouveau : elle se faisait auparavant en recourant au Code Criminel. C’est pourquoi les groupes sociaux sont encouragés à ne pas se laisser démotiver par la répression et à continuer de contester les accusations devant les tribunaux.

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  1. Pour une #NuitDebout à Montréal - 99%Média

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