La philosophie et la psychologie des coupes

Pancarte Coupons les coupures

Mercredi, le 18 janvier 2015, le gouvernement de Philippe Couillard annonce des ajustements à l’aide sociale (des coupes, bref).

On pourrait débattre de l’effet direct de ces coupes sur les gens et de leur utilité pratique. En lisant les détails, deux aspects me sautent aux yeux. D’une part, l’une des mesures, celle concernant les voyages, ne semble concerner qu’un très petit nombre de personnes et, rappelons-nous, ces personnes ne reçoivent pas des milliards de dollars du gouvernement chaque année. En fait, qui sont ces gens? Il serait important, il me semble, d’avoir cette information avant de déterminer que ce sont des parasites qu’il faut exterminer. Je pourrais imaginer, par exemple, que certain.e.s sont des immigrant.e.s de première génération qui ont du mal à s’intégrer à la société d’accueil pour diverses raisons et ont du mal à se trouver un emploi pour des raisons aussi diverses, et qui retournent dans leur pays d’origine. Mais ce n’est là que conjecture, et je ne veux pas faire dans les conjectures et devinettes ici.

D’autre part, les autres mesures semblent surtout chercher à empêcher les gens d’améliorer leur sort. Faire un petit travail irrégulier et peu payant à côté de l’aide sociale ou encore habiter en colocation sont des façons de vivre un peu plus confortablement. Ça ne permet pas de vivre la belle vie, simplement de vivre un peu plus décemment. Manger mieux, peut-être, ou, tiens, acheter des billets pour le transport en commun et, surprise, aller à des entrevues pour des emplois.

Je pense qu’il est important de se questionner sur ces effets, directs, concrets et facilement mesurables. Qui est visé, combien l’État économiserait-il, qui perdrait son logement faute de pouvoir payer? Il y a cependant un autre effet, plus pervers pour la société dans son ensemble. Après tout, ces premiers effets peuvent être facilement ignorés par ceux et celles qui ne sont pas touché.e.s directement, privilège oblige.

Lorsque le gouvernement porte son attention à quelque chose, il y appose, et pas seulement par appel à l’autorité fallacieux, il y a appose, donc, un sceau d’importance. Il nous dit que cette chose en est une qui affect peut-être la totalité d’entre nous, mais au moins une bonne partie. Ce que l’État coupe, ce qu’il transforme, ce qu’il ajoute, toutes ces actions ont un effet sur notre psychologie commune, sur notre façon de concevoir la mission de l’État et notre mission à chacun et chacune en tant que personnes qui partagent une société, un espace et des institutions communes.

Ainsi, quand le gouvernement s’acharne à trouver tous ces problèmes dans l’aide sociale, il nous rappelle, plus ou moins discrètement, une conception sociale qui voit celle-ci comme un problème. Cette chose-là, c’est mal. C’est mal que nous prenions collectivement en charge ceux et celles qui, temporairement ou en permanence, sont incapables d’assurer leur bien-être et de vivre décemment.

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