L’invisible, vainqueur de la présidentielle
7 mai 2017

Michaël Fortin 32 Articles
Documentariste, vidéaste et journaliste indépendant.

C’est donc un soupir de soulagement. La candidate du Front national n’est pas élue. Cette défaite annonce des lendemains tumultueux au sein du parti d’extrême-droite. On ne pleurera pas sur son sort, mais gardons l’oeil ouvert, la leader appelle les «patriotes» à joindre «une nouvelle force politique» contre les «mondialistes».

Macron, «le banquier»,  le grand vainqueur. Une victoire écrasante à première vue. Mais le diable est dans les détails. Jacques Chirac avait obtenu 85% en 2002, contre Le Pen père. Avec 66% et 20 millions des voix,  pas de quoi pavoiser, même s’il s’agit du second taux le plus haut jamais obtenu. Le nombre de voix pour le FN, lui, a doublé. De 5 millions en 2002 à 11 millions en 2017.

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Sur les 20 millions de voix pour Macron, 43% disent avoir voté pour lui en premier lieu pour faire barrage à Marine Le Pen. Avec la plus forte abstention pour un second tour depuis l’élection présidentielle de 1969 et un record absolu de bulletins blancs et nuls déposés dans l’urne, avec 17 millions de voix et avec une couverture médiatique sans précédent sur le sujet, le refus sort vainqueur de la soirée électorale et viendra hanter Emmanuel Macron au lendemain de ces élections.

Au-delà du refus, il y a aussi une volonté croissante de construire, sans compter sur le politique. Les initiatives communautaires et citoyennes se multiplientFace à une politique qui ne génère plus l’espoir nécessaire, ce dernier change d’échelle.

Il viendra hanter aussi les grands partis, de gauche comme de droite qui auront peine à se reconstruire après la violence des résultats du premier tour. C’est là une véritable secousse sismique qu’a vécue la France avec ces élections.

Refus du système, refus d’un néolibéralisme, refus de l’extrême-droite,  refus «de jouer le jeu». Bloquer, certes, mais pas à n’importe quel prix. Nombreux sont les citoyens à l’avoir exprimer tant sur les réseaux que dans la rue.

Personne n’est dupe ; le nouveau président doit sa victoire à une conjoncture et à une machine électorale qui a compris comment tirer les ficelles dans ce contexte, bien plus qu’à un programme rassembleur ou à son charisme.

Bien malin celui ou celle qui peut prédire la suite. Mais dans l’état actuel des choses, il semble bien que c’est le Comité invisible, dans son nouvel opus Maintenant, qui ait le plus de clairvoyance pour décrire le ressenti de plusieurs :

“Cette ultime source de légitimité [de l’Etat] est à présent épuisée. Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, même quand c’est l’option d’un ‘pouvoir fort’ qui l’emporte, c’est désormais d’un pouvoir faible que l’élection accouche. Tout se passe comme si l’élection n’avait pas eu lieu”.

Le véritable blocage, il est dans ce statu quo.

Au-delà du refus, il y a aussi une volonté croissante de construire, sans compter sur le politique. Les initiatives communautaires et citoyennes se multiplient.Organisations décentralisées, coopératives de travail, économie collaborative et contributive, open value network, assemblée constituante, société en réseaux, processus décisionnels horizontaux, économie sociale, commerce équitable, gouvernance en pair-à-pair, économie équitable, les exemples sont nombreux pour prouver qu’un autre monde est désormais possible, ici et maintenant, comme le mentionnait Naomi Klein au Forum social des peuples.

Face à une politique qui ne génère plus l’espoir nécessaire, ce dernier change d’échelle. Les citoyennes et les citoyens prennent l’initiative d’agir et de transformer leur environnement. «Nous autres révolutionnaires ne sommes liés par aucune obéissance, nous sommes liés à toutes sortes de camarades, d’amis, de forces, de milieux, de complices, d’alliés.» peut-on également lire dans Maintenant.

Ces liens invisibles formeront, semble-t-il, la véritable opposition en devenir contre le vide abyssal de la gouvernance et pour forcer la main vers un véritable changement. Sera-t-elle celle qui aura le potentiel de faire trembler le monde politique, ou bien la peur – du terrorisme, des conflits, de l’insécurité, de l’Autre – l’emportera encore comme unique agenda cherchant à occuper les esprits ?