Artistes indignés pour la paix en Colombie
7 novembre 2016

Alexis Lapointe 2 Articles
Auteur et journaliste
Le Gypsy Kumbia Orchestra

Un puissant mouvement pour la paix anime la Colombie. Dans plusieurs villes du monde, il suscite des manifestations de solidarité. Un élan qui s’exprime aussi dans l’art. À Montréal, cette mobilisation est soutenue par des créateurs comme ceux du collectif d’artistes LatinArte ou encore les musiciens de Gypsy Kumbia Orchestra.

Loin de se traduire par la résignation, l’échec du référendum portant sur les accords de paix négociés entre le gouvernement colombien et les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) a eu l’effet d’un éveil social. À Bogotá, on assiste chaque jour à des manifestations pour la paix. Au moment où la rue s’affirme, les artistes font entendre leurs voix.

« Les artistes étaient silencieux avant le référendum, dit Angela Sierra, coordonnatrice du collectif d’artistes LatinArte. L’échec a eu l’effet d’une bombe pour la création. » Situé au cœur de Bogotá, la Plaza Bolivar est aujourd’hui occupée par une installation de l’artiste Doris Salcedo. Intitulée Sumando Ausencias, l’œuvre se déploie en bannières portant les noms de centaines de victimes du conflit. Elle constitue un exemple éloquent de la place de l’art dans le contexte actuel. « Cette implication des artistes est le reflet du mouvement, croit Angela. Il y a eu énormément d’abstention au référendum [NDLR : le taux d’abstention a été de 63%] parce que la population ne se reconnaît pas dans la classe politique. Aujourd’hui, c’est la rue qui s’approprie la paix et cela passe aussi par la création. »

Lien YouTube d’une entrevue avec l’artiste Doris Salcedo : https://www.youtube.com/watch?v=lB_Wuvj8L7I

Le collectif s’implique directement dans la mobilisation à Montréal. « Lors du Festival LatinArte, le thème de la paix était mis de l’avant dans plusieurs œuvres », révèle la coordonnatrice. D’ailleurs, l’organisme a organisé une collecte de fonds durant l’événement afin de soutenir le mouvement en Colombie. « Nous avons pris part à toutes les manifestations pour la paix qui ont eu lieu à Montréal, dit-elle. Avec la chanteuse Soraya Benitez, nous étions aussi présents lors de la veillée du 24 octobre devant le Mont-Royal. »

Rythme de libération

Le groupe Gypsy Kumbia Orkestra participe à ce mouvement de solidarité. Il a notamment offert un spectacle le soir du référendum devant le Consulat de Colombie à Montréal. Chorégraphe et danseuse contemporaine, Carmen Ruíz fait partie de cet ensemble qui compte une dizaine de musiciens et qui conjugue des prestations de danse à la musique lors de ses spectacles. « En tant que réfugiée, la catharsis de toutes les douleurs reliées à la guerre est au cœur de ma démarche artistique, dit-elle. Nous vivons un fort moment d’espoir et nous profitons de toutes les occasions pour éveiller les gens à cet enjeu. »

Selon l’artiste, la musique est un art qui se distingue par son effet rassembleur. « On dépasse des barrières et c’est quelque chose d’essentiel pour la paix », dit-elle. D’ailleurs, une véritable scène se crée autour du groupe qui se produit chaque premier samedi du mois à la Sala Rossa. L’ensemble vient ainsi actualiser l’esprit de résistance festive propre aux deux traditions musicales auxquelles il doit son nom, la cumbia et la musique gitane. « La cumbia est une danse née des esclaves afrocolombiens qui voulaient se libérer, dit Carmen. Aujourd’hui, nous voulons faire tomber d’autres chaînes avec nos pièces. »

EN PHOTOS: le Gypsy Kumbia Orchestra en spectacle

Le 5 novembre dernier, la troupe du Gypsy Kumbia Orchestra était de passage à la Sala Rossa pour un dernier concert avant un départ dans le sud. 99%Média y était et vous rapporte un album de photos en complément de ces entrevues.

Photos: Pierre-Luc Daoust

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