Pour une #NuitDebout à Montréal
11 avril 2016

Salle de nouvelles - 99%Média 94 Articles
L'essentiel de l'actualité sélectionné par l'équipe de la rédaction.

#NuitDebout. Depuis près d’un mois, ils et elles se rassemblent chaque soir, investissent l’espace public, diffusent leurs échanges sur les réseaux sociaux. Des milliers de personnes suivent la mobilisation en direct. Les simples citoyen.ne.s côtoient les militant.e.s de longue date. À la place de la République, à Paris, mais aussi à Rennes, Nantes, Lyon, Bruxelles, Toulouse, en Espagne – le mouvement et les idées qu’il sous-tend prennent de l’expansion.

carte_nuitdeboutD’abord une contestation contre la loi Travail, #NuitDebout s’est transformée en « un lieu d’échanges et de rencontres entre personnes qui ne supportent plus de voir notre société s’enfoncer chaque jour un peu plus ».

Loin d’être un événement en vase clos, #NuitDebout s’inscrit dans une continuité historique entamée par le mouvement Occupy, la Place Tahrir, Idle no more, le mouvement des Indignés, la révolte des étudiant.e.s chilien.ne.s, pour n’en nommer que quelques-uns.

Ce début de siècle est marqué par un changement de paradigme – celui de la possibilité de construire des alternatives à un système dominant sclérosé et vacillant qui ne tient désormais que par la contrainte et la force, avec notre consentement.

« Les débats qui animent les assemblées de la place de la République montrent que le ras-le-bol exprimé va bien au delà de la réforme du travail et s’élargit vers une problématique plus globale : la remise en cause d’un système social et politique en crise et à bout de souffle. Ce ne sera pas nous qui pleurerons sa fin » peut-on lire dans l’un des manifestes de #NuitDebout.

Personne n’est dupe

« On nous ment, on nous pille, on érode nos libertés fondamentales, on nous monte l’un contre l’autre. Ne soyons pas bêtes; ne nous rendons pas malades à force de subir cette agression sans réagir. Si on a mal ensemble, il faut agir ensemble » écrivait un citoyen dans « Lettre ouverte aux autres humains » en 2011, un mois avant le début de l’occupation du Square-Victoria, rebaptisé la Place des Peuples, dans le cadre du mouvement Occupy.

Le Printemps érable, dont la lutte contre les frais de scolarité est vite devenue un mouvement historique contre la dérive de nos institutions, a germé dans le même terreau:

« Ce système et sa loi du «qui le vendra l’aura» on en a soupé. Nous choisissons de ne pas attendre que le ciel s’indigne pour nous prouver qu’un changement majeur ne passe pas toujours par la catastrophe irréversible. Voyons où nous en sommes, à débrider le sens de notre devenir. Voyons, dans la révolution, notre inassouvissable appétit d’un monde meilleur. Munis d’un NOUS rassemblés, voyons ce que le rêve nous permet » a déclamé Fermaille Tremblay dans un magnifique texte au coeur du printemps 2012.

Face à ces mouvements, la seule réponse a été la répression. Les camps des mouvements Occupy ont été démantelés, le Printemps érable a été violemment écrasé, des lois anti-manifestations ont été votées en Espagne.

Et pourtant…

Les idées continuèrent de frayer leur chemin dans les consciences alors que l’actualité ne cesse de fournir les preuves au quotidien de la continuation de la dislocation tranquille du monde dans lequel nous vivons.

#Panamapapers, corruption, politiques d’austérité, radicalisme, précarité, réchauffement climatique, Oléoducs, new management contre les travailleurs, programmes de surveillance, écarts grandissants entre les riches et les pauvres…

ALV-02-avril-2015-(2)Ce monde nous offre un triste spectacle qui n’a rien d’une fatalité. Il est le fruit d’un délire idéologique du 1%. Il est de notre devoir à tous et toutes de l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard.

Depuis sa naissance, 99%Média observe les mouvements sociaux. Nous croyons aujourd’hui que #Nuitdebout s’avère nécessaire. Il est commun pour les médias de prendre position durant les élections; nous croyons qu’il est désormais plus juste de prendre position en amont afin de revoir les règles du jeu.

Car les failles s’agrandissent de jour en jour et risquent de tous et toutes nous engouffrer.

Les quelques-un.e.s qui dirigent avec de la bonne volonté sont désormais dépourvu.e.s de moyens pour lutter contre ces dérives.

Force est de constater que les solutions ne viendront pas du haut de la pyramide mais émergeront de la base. « Les appareils du pouvoir, de par leurs stratégies, enjoignent aux acteurs sociaux de rester moyens. Ce qui me gêne, c’est que ça impose des limites aux gens, ça leur impose de ne pas exprimer un potentiel. La médiocrité non seulement a pris le pouvoir, mais empêche l’émergence de propositions fortes » souligne avec justesse Alain Deneault dans son livre la Médiocratie.

De plus en plus de citoyens et de citoyennes ne sont plus seulement les spectateurs et spectatrices d’un monde qui s’effondre, mais deviennent les acteurs d’une réelle alternative.

Organisations décentralisées, coopératives de travail, économie collaborative et contributive, open value network, assemblée constituante, société en réseaux, processus décisionnels horizontaux, économie sociale, commerce équitable, gouvernance en pair-à-pair, économie équitable, les exemples sont nombreux pour prouver qu’un autre monde est désormais possible, ici et maintenant. Tout peut changer, pour paraphraser Naomi Klein.

La répression ne pourra venir à bout de ces idées. La réalité, c’est que la frayeur a changé de camp depuis un bon moment et que les effets escomptés de la politique de la peur s’estompent.

Un élan qui ne réclame pas de changements; il est le changement.

Le basculement arrivera tôt ou tard et il est tout simplement normal que ces idées s’affirment sans gêne en parallèle avec une reconquête de l’espace public.

Elles résistent ainsi au mépris et à l’arrogance d’une petite élite en déclin, sans projet politique autre que celui servant ses propres intérêts. « Force est d’admettre que l’État s’est trouvé perverti jusqu’à devenir un levier pour activer davantage ces puissances qui isolent les plus vulnérables et nous enferment dans l’égoïsme » écrit Jean-François Nadeau, dans Le Devoir.

Le temps est venu d’un nouveau chapitre dans cette conquête de l’espace public au Québec par les citoyens et citoyennes indigné.e.s pour leur dignité, leur droit, mais surtout, pour leur offrir la possibilité de s’épanouir.

Il n’est pas question ici de formuler des «revendications» au sens classique du terme, mais plutôt de jeter les bases nécessaires pour construire un monde sain.

Quiconque s’intéresse à la transformation sociale qui s’opère actuellement dans tous les secteurs de la société réalise à quel point le chantier est vaste, prometteur et emballant comparé au vide sidéral que la médiocratie nous propose.

L’espace médiatique est aussi un espace public

_IMG7040La bataille, s’il en est une, se fera également sur le terrain médiatique. « Appelons-nous toujours à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous » écrivait Stéphane Hessel dans son ouvrage Indignez-vous !

Il importe de cesser de réduire ce vaste mouvement de transformation qui s’opère actuellement à un simple fait divers.

Les vidéastes, les documentaristes, les photographes, les journalistes et les artistes de 99%Média seront présent.e.s sur la ligne de front pour offrir une tribune à ces citoyennes et citoyens, alors que les décideurs des médias ont fait le choix délibéré des «émissions de vedettes», comme le souligne le fondateur de l’Union paysanne, Roméo Bouchard dans une lettre ouverte.

Car 99%Média, comme plusieurs autres médias indépendants, fait également partie intégrante de ce changement. Laissons les médias de masse promouvoir leurs jeux télévisés. Le 6ième pouvoir prendra le relai pour diffuser les questions fondamentales qui comptent pour l’avenir de notre monde.

À vous de prendre la parole, maintenant. Nos caméras sont prêtes. Nous sommes à l’écoute.

Crédit photos : Olivier D. Asselin, Arthur Létourneau-Vachon


 

Pour plus de détails à propos de l’initiative citoyenne #Nuitdebout à Montréal

 

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