Je pense donc je suis (Charlie?)
31 janvier 2015

Arthur Létourneau-Vachon 12 Articles
Étudiant en études littéraires. Habitant de Montréal depuis 2013. Tire ses inspirations d'Albert Camus, Jacques Rancière, Philippe Lordon et tant d'autres. Je suis Méganticois opposé à plus de destruction.

Je ne pense pas avoir besoin de décrire les événements du 7 janvier: il y a déjà bon nombre d’articles de journaux l’ayant fait. Je désire simplement partager ma voix dans ce flot d’idées, aussi bien en profiter tant que c’est permis.

Je me méfie des écrits; ils figent, noir sur blanc, un peu comme une image, certaines pensées d’une personne. Hors, la façon de penser, d’analyser et d’arriver à des conclusions évolue, enfin, j’espère ne pas être le seul à refuser de rester ancrer dans les idées avec lesquels il est confortable, aucun palais n’est éternel et les sciences ne cessent de progresser. Les livres scolaires en science doivent être changés pratiquement chaque année tellement une édition devient vite non à jour. Bref, dans quelques mois, je ne verrai probablement plus le monde exactement de la même façon qu’au moment où j’écris ses lignes.

Je ne vous cacherai pas que je ne porte pas haut dans mon estime les religions. Il n’y a pas grand chose qui m’attire dans les écrits religieux qui, je le rappelle, ont été écrit par des gens qui ignoraient où allait le soleil la nuit.

D’ailleurs, les mythes entourant le petit Jésus dont nous avons encore des doutes non seulement sur la date de naissance mais sur son existence même, des détails de sa vie sont présents dans la mythologie antique. Platon aurait été fils de vierge, Dionysos changeait l’eau en vin pour les fêtes et Pythagore se promenait de ville en ville pour guérir les malades. Comme quoi les religions d’aujourd’hui sont les mythologies de demain.

Ce sont les institutions plus particulièrement que je méprise, pas les croyants. Que ce soit le Vatican qui mène une guerre sans relâche à l’ONU contre les droits durement acquis des femmes, des homosexuels et du droit de chacun de disposer de sa propre conscience et non de se faire imposer des dogmes, le gouvernement d’Israël et sa logique expansionniste ou le Daech qui parle au nom de l’islam alors qu’ils font bien plus de tort à ses pratiquants, le tout main dans la main avec les pires théocraties de ce monde.

Mais je rebute cette fixation que l’Occident porte à l’égard de la communauté musulmane. Les raisons souvent invoquées pour critiquer les institutions religieuses de l’islam peuvent et doivent être appliquées au judaïsme comme au christianisme, et même à notre mode de vie ultra consumériste et compétitif, que ce soit sur le droit des femmes ou les dogmes défendus. Avec nos politiciens qui vont voir les oracles de l’économie de marché pour décider des lois à imposer à la population comme les sénateurs romains allaient voir les oracles des dieux pour décider d’entrer ou non en guerre, nous n’avons que peu de leçons à donner.

C’est ce que soulignait Charlie Hebdo. Leur gagne-pain, c’est la connerie humaine. Tous se clament de la raison et de la bonté alors que la bêtise et la méchanceté règnent. Hara-Kiri, puis plus tard Charlie Hebdo ne se cachent pas et se clament bêtes et méchants en plus d’être irresponsables sur leurs couvertures de journaux, donc si quelqu’un est outré, c’est parce qu’il voulait lire ce journal. Et ce qui est outrant, c’était parfois même écrit par des plumes de Charlie Hebdo, notamment Philippe Val que j’ai trouvé ridicule à bien des égards.

J’estime qu’une relation saine avec sa façon de penser nécessite d’être en mesure de rire et de remettre en question ses idées. Et c’est pourquoi un journal satirique est nécessaire. Ils rient des cons, et tout le monde l’est de temps en temps, beaucoup en abusent, certains durant les 365 jours de l’année, mais bon… Et bien sûr que les caricatures de Charb sont provocantes. J’admets qu’ils allaient souvent dans le mauvais goût, le nier serait de la mauvaise foi. Hors, ces caricatures choquantes sont souvent le début d’une réflexion qui, elle, est pertinente. Ça fait du bien de pouvoir tourner en dérision les grands pouvoirs de se monde, ça aide à nous sentir moins petits face à ceux-ci.

Prenons la caricature des victimes de Boko Haram enceintes qui demandent à ce qu’on ne touche pas à leurs allocations. Elle a fait beaucoup de bruits et avec raison. Dépeindre des victimes d’actes aussi violents de cette façon est certes non respectueuse et douteuse. Mais penchons nous sur les allocations et la façon dont la France et les pays industrialisés traitent les gens dans la misères. Comment se fait-il que nos sociétés industrialisées fonctionnent en gardant constamment des gens sans emplois? Selon certains patrons et économiste, avoir une part de la population sur le chômage est considéré comme nécessaire selon certaines écoles économiques, hors, ce ne sont pas les autoroutes à réparer, les écoles à construire et les hôpitaux à bâtir qui manquent. Aussi, n’est-il par alarmant que les nouveaux arrivants ne puissent s’intégrer à la société d’accueil en y travaillant et contribuant, plutôt que de rester dépendant de l’état? Bref, le traitement que nos dirigeants font aux gens dans la misère me semble beaucoup plus répugnant que la caricature qui le souligne.

Il y a aussi les caricatures de Mahomet. Le coran interdit de dessiner Allah, mais pas Mahomet. D’ailleurs, il existe bon nombres d’écrits religieux où Mahomet est dessiné. Le problème survient lorsqu’il est tournée en dérision ou lorsqu’il y a idolâtrie.

Une autre caricature ayant fait polémique est celle de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, représentée en guenon. Il s’agit ici de rapporter les propos du député du FN Olivier Burlat non pas en mots, mais en caricature, afin de montré le ridicule du propos tenu par le député.

Autre chose qui me dérange; la fameuse marche républicaine. Vous savez, lorsque 4 millions de Français, ce qui représente la moitié de la population du Québec, ont défilé dans les rues de France. À leurs côtés, des dignitaires de l’Arabie Saoudite où commençait la sentence de Raif Badawi : 1000 coups de fouets pour s’être exprimé sur un blog. Il y avait aussi l’Égypte où j’ignore combien de journalistes ont été emprisonnés durant et à la suite du printemps arabe, les homosexuels y sont emprisonnés pour insanité. Sans oublier Benjamin Netanyahu d’Israël, pays qui, en bombardant la Palestine l’été de 2014, tua 17 journalistes parmi plus de 2000 autres victimes. Hollande, Sarkozy, Merkel et les autres n’ont pas de passé particulièrement reluisant.

Ainsi donc, ceux-là même qui s’adonnent à des expériences économiques sur leurs populations résultant pratiquement toujours en des gains astronomiques pour les expérimentateurs et d’énormes pertes pour les populations, élargissant le fossé entre les classes sociales, ceux-là même qui détruisent la liberté tout cours, la liberté d’expression, la liberté de la presse, marchent dans les rues pour défendre ce qui les effraie.

Tous ses personnages tant caricaturés par Charlie Hebdo se sont payé une belle campagne de relation publique sur le dos de cadavres qui refroidissaient à peine. Ainsi, ils pourront passer des lois semblables au Patriot Act américain. Je doute que des gouvernements aient déjà eu autant de contrôle sur leur population dans l’histoire.

Vous saviez que Reagan voulait larguer une bombe atomique sur les Viet-Namiens? JFK estimait qu’une guerre atomique détruirait la vie et tout ce que nous avons bâti sur terre, le tout en 24h. Heureusement que des gens ont dit à Reagan que ce n’était pas une bonne idée.

Le 23 janvier 1961, au dessus de la Caroline du Nord, un avion bombardier américains se disloqua en plein vol larguant par erreur deux bombes atomique 260 fois plus puissantes que celle larguée par les américains sur Hiroshima. L’une des bombes a vu son mécanisme de sécurité fonctionner correctement, mais pas l’autre, qui s’est armée. Un problème de voltage dans la bombe sauva Washington, Philadelphie, Boston, New York et des millions de gens d’une mort certaine. Imaginons le même scénario alors que l’avion patrouille au dessus de la Russie, sans problème de voltage… Ne me demandez pas pourquoi j’ai peur de nos gouvernements, ni pourquoi je ne m’attends pas à grand chose de concret venant d’eux pour assurer la sécurité et la stabilité.

De plus, ce ne sont pas les gouvernements, qui de plein gré, ont décidé de se défaire de privilèges pour en donner plus aux populations qu’ils exploitaient. Si mes sœurs et moi pouvons aller à l’école et non à l’usine, si mes parents ne travaillent pas des douze heures par jour, si nous avons une sécurité sociale, si les femmes peuvent voter, les homosexuels se marier, c’est d’abord grâce aux mouvements sociaux qui ont exigé des conditions d’existence descentes. Malheureusement, ce qui fut donné peut être repris et l’inaction nous fera perdre nos acquis.

Combien de fois nous dit-on que notre pouvoir d’achat baisse? Le monopole des corporations grandit constamment. Sans parler du complexe militaro-industriel, un marché avec des investisseurs puissants qui ont besoin de gens sur qui tirer pour pouvoir vendre des armes et munitions, le complexe carcéral qui s’échange des actions en fonction du nombre de prisonniers qu’ils possèdent, le complexe pharmaceutique qui nécessite des malades et des dépressifs, les compagnies pétrolières et gazières qui détruisent notre environnement, polluent l’eau des populations autour.

Parlant de pétrolières, ne remarquez vous pas que les terroristes du Moyen-Orient nous menacent depuis que nos dirigeants s’intéressent éperdument au pétrole dans le sous-sol du Moyen-Orient? Ainsi, quiconque se permet de critiquer le fondamentalisme religieux se doit de critiquer nos institutions libérales.

Et qu’avons nous pour défendre nos acquis? La démocratie? Allez lire Francis Dupuis-Déri ; Démocratie, histoire politique d’un mot ou regardez au moins l’entrevue qu’il donne sur le sujet. Nos dirigeants sont à la tête d’un système qui fut pensé pour contrer le pouvoir des masses. L’élection est le carburant fossile de notre machine démocratique, ça la fait fonctionner, certes, mais avec ô combien de désavantages et de dysfonctions, surtout considérant la quantité d’alternatives existantes.

De plus, dans notre société divisée en trois groupes, entre électeurs, représentants élus et finances/créanciers, à force d’avoir une méfiance entre électeurs et représentants, les électeurs considérant les élus comme des voyous, et les représentants considérant les électeurs comme incapables de se gérer, il est normal que les troisièmes, les finances, partent avec l’os (le pouvoir) pendant que les deux autres se chamaillent. Et même s’il est nécessaire d’avoir des représentants, je considère comme légitime que les électeurs s’approprient l’espace délibératif et détiennent le pouvoir constituant qui encadre les représentants. La constitution, c’est-à-dire les lois qui limitent nos dirigeants, étant actuellement entre les mains des dirigeants, ses derniers peuvent allègrement programmer leur puissance et notre impuissance, et ce, main dans la main avec les finances, laissant les élus n’être que des pantins défendant tous relativement la même politique mise de l’avant par le milieu des finances.

Autre fait que je trouve troublant : le seul moment où nous utilisons cette démocratie tant vantée et qui justifie d’envahir des pays pour leur imposer ce système qui ne leur apporte que corruptions, crimes et guerres civiles, c’est dans l’isoloir? Ce n’est pas le meilleur endroit pour inspirer une attitude civique.

Le monde est un énorme spectacle. Vous n’avez qu’à écouter les nouvelles. Il fallait que les politiciens soient beaux et propres pour rassurer «le public» (nous). Ainsi, ce même spectacle pour tous est aussi différent à chacun, car chacun occupe une place qui lui est inhérente. De là l’importance d’échanger avec autrui, pour étendre notre perception de ce gigantesque spectacle, on est des êtres sociaux tout de même.

Malheureusement, trop souvent pris dans leur univers de politique politicienne, nos dirigeants manquent cruellement de créativité.

Je vois déjà les questions arriver: «que proposes-tu ?».

Pour être franc, je ne sais pas, je ne suis pas grand chose. Je ne considère pas que c’est à moi de trouver des solutions, mais à nous tous. Ni à Charlie Hebdo qui au moins  »remue la cage » souvent en se plantant d’après moi. On est plus intelligent à plusieurs que seul. De là j’imagine l’importance de communes dans les quartiers et villages où les gens peuvent débattre face à un problème afin que tous aient les mêmes informations sur ce problème pour mieux arriver à une décision. Pour réellement goûter à la démocratie, il faut y participer, cela sous entend qu’il y ait délibération. David Van Reybrouck a donné une entrevue éclairante à se sujet dans son livre traitant la démocratie délibérative à médiapart.

1 Comment on Je pense donc je suis (Charlie?)

  1. Tres bonne analyse Mr Létournaux
    J’ai toujours espoir que d’ici peu on pourra renverser la vapeur,
    et,la façon de le faire est très simple, quand on y pense?
    ça peut se faire sans violence,et sans financement,ou très peu
    suffit que tout l’monde s’y mette
    NE VOTONS PLUS
    On verra bien c’est qui les moutons!

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